Un casque qui lit l’EEG du participant et émet l’onde opposée, pour le conduire par paliers vers le silence mental : alpha, thêta, delta.
Æther est une installation immersive qui simule un « voyage vers la mort ». Un casque neuronal lit l’activité électrique du cerveau, puis émet l’onde opposée : comme un casque anti-bruit qui n’annule pas le son mais, ici, les ondes cérébrales. L’objectif est d’approcher un quasi-silence mental, puis de conduire le participant, par paliers, jusqu’aux frontières de la conscience. Ce que le casque lit : un électroencéphalogramme. Le cerveau produit en permanence de faibles tensions électriques, de l’ordre de 10 à 100 microvolts à la surface du scalp. Un électroencéphalogramme (EEG) les enregistre avec des électrodes posées selon le système 10-20 : 19 points standard, du front (Fp1, Fp2) à l’arrière (O1, O2) (figure 4). Chaque canal est un tracé de tension en fonction du temps (figure 1) ; c’est la matière première du casque. Cinq bandes de fréquences. Ce tracé est la somme de rythmes qu’on classe par fréquence (figure 2) : delta (0,5 à 4 Hz, sommeil profond), thêta (4 à 8 Hz, somnolence, méditation profonde), alpha (8 à 13 Hz, éveil calme, yeux fermés), bêta (13 à 30 Hz, attention soutenue) et gamma (au-delà de 30 Hz). Au repos, yeux fermés, l’alpha domine à l’arrière de la tête. Le principe : l’inversion de phase. Pour une onde s(t) , on émet −s(t) , la même onde déphasée de 180°. Là où elles se rencontrent, la somme est nulle (figure 3). C’est la technique des casques à réduction de bruit active. Elle ne tient que si la boucle est plus rapide que l’onde : pour un rythme alpha de 10 Hz, la période est de 100 ms, et le retard du système doit en rester une petite fraction. La boucle du dispositif. Les électrodes captent le signal ; un amplificateur le porte à un niveau exploitable et un convertisseur le numérise (24 bits, 1 kHz) ; un filtre isole la bande utile (0,5 à 40 Hz) et retire le 50 Hz du secteur ; une analyse en temps réel extrait l’amplitude et la phase de chaque bande ; le signal est inversé ; des émetteurs, champ magnétique et son, rejouent l’onde opposée. Le cerveau réagit, le casque relit le résultat : la boucle est fermée (figure 5). L’expérience du participant. Le participant est installé dans une chambre isolée, le Nexus : silence, obscurité, aucune interférence. Le casque commence par la relaxation (alpha), puis conduit vers thêta, la méditation profonde, et enfin delta, le sommeil profond. Le long de ce trajet peut apparaître un « découplage » : sensation de flotter hors du corps, paysages mentaux, visions proches de celles décrites dans les expériences de mort imminente. Ce n’est pas la mort comme fin, mais comme seuil : une façon de repenser la vie, la mort et l’espace qui se trouve entre les deux. Œuvre à réaliser. Le dispositif est conceptuel : le principe est celui de la réduction de bruit active, transposé aux ondes du cerveau, et les chiffres ci-dessus sont ceux d’un EEG standard.