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Tout autour, l’eau – Statement

Ce texte est extrait du livret Tout autour l’eau, le livret en version papier est disponible sur commande ici ou à la galerie Eva vautier 2 rue vernier, 06000 Nice

Ce livret raconte l’histoire de l’exposition de Benoît Barbagli Tout autour, l’eau et ce qu’elle défend. Elle donne également à voir des œuvres d’autres artistes : celles d’Aimée Fleury, de Mona Barbagli, d’Evan Bourgeau, de Katalina Cearca ainsi qu’un poème de Tristan Blumel.

Plus l’effondrement frappera fort, plus la joie sera nécessaire.

Ne vois pas dans ces mots, un don’t look up[1] détournant le regard des causes, mais bien un outil à usage révolutionnaire. La joie est le liant de nos interactions, une puissance d’agir, une puissance de construire collectivement. En rendant possible le commun, elle devient un acte de résistance.

Sans le commun, la pensée écologique déraisonne.

Les limites planétaires dépassées[2] une à une, que peut donc la joie, que peuvent quelques corps immergés nageant en cercle sous l’eau, sans vêtement, sans outil, sans parole ?

Quelques mouvements frénétiques pour atteindre la surface, prendre une respiration et replonger, en apnée, en apesanteur : tout autour l’eau, tout autour la vie.

À plusieurs, nu·e·s, immergé·e·s dans l’eau, se déconstruisent les sophistications de notre culture, se redessinent les rapports immédiats dont la nature est le premier lien, omniprésent, indépassable.

Au-delà des qualités (ou de leur absence) de composition technique, d’originalité visuelle, d’exécution, c’est la résonance des liens et des émotions humaines immergés dans la nature qui composent une esthétique : une éthique de la perception.

Depuis notre entrée dans l’ère anthropocène, l’eau, origine de la vie, monte. Les mers s’élèvent de 3,5 mm par an. Les facteurs sont divers (fonte des glaces, dilatation des océans…)[3] mais une chose semble sûre, nous avons une responsabilité collective.

Sous le paradigme de la science, la montée des mers réactive nos craintes millénaires du déluge. L’eau est à la fois omniprésente et précieuse, polymorphe, fluide, calme ou tempétueuse. Les 70% d’eau qui nous composent résonnent avec la part égale d’eau que recouvre la surface terrestre.

Si la science observe cette comparaison, la poésie, elle , la poursuit et suggère que cette égalité induit une relation entre la mer et nous-mêmes : notre esprit, notre cerveau, ne stocke pas notre histoire et notre mémoire localement, mais agit comme un récepteur dont le corps en constitue l’antenne qui ne vient qu’interpréter, et individualiser nos pensées.

Notre mémoire, c’est l’eau elle-même. L’émotion en est le message, et la joie, l’outil le plus puissant pour y accéder.

La joie elle-même est le moteur ou le prétexte, le désir ou l’exigence de nos plongeons et immersions répétées dans ces mers, lacs et rivières, comme un moyen d’agrandir le commun, d’agrandir l’accès à notre entité collective.

C’est sous l’égide de cette histoire, que maintes et maintes fois, nous sommes allé·e·s sous l’eau, dans un lit de posidonies à Saint-Jean-Cap-Ferrat, Nous avons essayé de nous endormir sous l’eau (2018), ou encore de jouer de la musique sous-marine dans les calanques du Trayas, Jazz underwater (2021).

Tout autour, l’eau, relate ces histoires qui deviennent, images puis mythes.

L’une d’entre elles prit place en septembre 2021 au lac de Saint-Cassien, pour l’exposition Sous le Chaos, la vie, introduction en quelque sorte à l’exposition Tout autour, l’eau.

Tenir huit secondes sous l’eau, remonter, plonger à nouveau. On répète cela autant que possible… L’appareil, fixé sur un bidule volant à hélice, prend des photos à intervalles de cinq secondes.

Il fallait donc tenir au moins ce temps, plus celui de plonger, tout cela synchronisé entre nous. Éprouvant !

Nous étions cinq ce jour-là : Aimée, Benoît, Diego, Katalina et Yoan.

Contraint·e·s par les objets environnants pour la réalisation des scènes, nous avions déplacé des pierres d’une rive à l’autre. Leur poids nécessitait un effort de collaboration. Un travail qui peut sembler absurde ou incongru mais dont les corps livrés à la puissance évocatrice de l’eau, exaltent nos imaginaires. Les images qui en émergent se mêlent à nos archétypes culturels.

Chaque défi a deux visages, celui qui s’oppose à vous et celui de l’opportunité qu’il vous propose. Ce jour-là, ce fut une résolution des mythes fondateurs de l’individu moderne, le mythe de Sisyphe devint une épopée collective. En reconstruisant le sens perdu du travail éternellement répété dans un élément commun.

Ce second visage la joie résonne dans l’eau, avec nous.

 

 

Sisyphe Collectif II , 2021

 

 

 

L’eau des mers monte, celle des rivières et des lacs en cette fin d’été 2022 était au plus bas. Nous avons cherché les champs de posidonie qui nous permirent de réaliser la série Hydrophila[4] quelques mois plus tôt, ils étaient hors de l’eau.

Que peut donc la joie, si l’eau disparaît ? Que peut la joie si elle ne mute pas en surtension électrique pour déconnecter les plateformes boursières, le capitalisme et les Intelligences Artificielles qui aspirent le réel ? Que peut la joie sans décroissance économique ?

Ces mots ne sont pas une injonction au bonheur, une telle injonction serait toujours à questionner si elle n’exigeait pas à faire germer et grandir le révolutionnaire.

Sans révolution anti-capitaliste, sans révolution du genre et sans révolution écologique, la joie n’est que divertissement.

L’artiste est-il·elle encore cet individu excentrique, attirant la lumière par la liberté dont il dispose d’être lui-même, par l’indifférence qu’il affiche à la pression des normes sociales ? L’art est-il et doit-il être le bruit d’un individu qui se libère ?

Sœurs l’une de l’autre, l’art et la liberté ont vu lors de ces dernières décennies, leur relation profondément évoluer. L’avant-garde artistique, loin de vouloir jouir simplement de sa liberté, vit avec ces contraintes écologiques et sociales afin d’imaginer comment en construire une nouvelle, collective, en écho avec son environnement.

De plain-pied dans l’anthropocène et l’effondrement à l’horizon, les artistes font face à un défi de taille. Ils se retrouvent, suite à la modernité, placés sur la pierre angulaire centrale des normes qui ont construit l’individu. Alors que nous sommes tous et toutes devenu·e·s des artistes par le biais de technologies et réseaux comme Instagram et TikTok, créateur·ice·s de tout et de rien, Fluxus malgré nous, il est venu le temps où l’artiste opère un mouvement de retrait, comme un acte de résistance et de construction. Et ce, en mettant la primauté à interroger de nouveau, à la fois, son rapport à l’environnement et son rapport au collectif. Sans le collectif, l’écologie achoppe et plus largement toutes les luttes.

Il y aura sans doute encore un travail de catharsis produit par l’art, qui délie l’esprit et projette des mondes-œuvres de l’auteur·e, dont l’affinement et le travail personnel de ces créateur·rice·s sont et seront toujours riches d’apports en sensibilité. Cela fera toujours une marque, mais plus un mouvement.

S’il est plus difficile depuis les années 80 de reconnaître les mouvements artistiques qui s’enchaînent, c’est que l’histoire questionne encore les individualités qui portent ces mouvements. Or ce qui se joue depuis, ce n’est plus un·e artiste qui s’oppose à un·e autre, une individualité face à une autre, mais bien quelque chose de l’ordre d’une lutte partagée, d’une liberté collective.

C’est ainsi que les luttes sociales, sociétales et l’écologie sont devenues le trépied d’un mouvement que prennent l’art et nos sociétés modernes.

Nous pouvons le voir comme une contrainte, et certains en expriment de la souffrance. Il n’est pas rare que la concentration des thématiques (intersectionnel, féministe, social, écologique), écarte d’office un nombre important d’artistes du champ public dont le travail se concentre sur l’affinement d’une expression individuelle sans enjeu sociétal direct. Même s’il est juste de dire que ce moment fait système, par exemple la biennale de Venise a pour la première fois accueilli en 2022 plus de femmes que d’hommes et celle d’Istanbul a atteint un chiffre d’environ 80%, il ne l’est pas de soutenir que l’accès serait barré à ceux dont l’art ne serait pas « assez mineur ».

Ce qui donne du sens aujourd’hui en art est profondément relié avec le commun, et chacun·e d’entre nous indépendamment de nos identités, ne peut trouver que de la félicité à la participation de cette construction.

Et si notre œuvre est commune, notre intelligence l’est aussi.

L’intelligence est une compétence collective, nous ne pensons pas seul·e·s, il se pourrait même qu’on ne pense pas du tout, qu’on ne soit qu’un écho, un mirage de la somme des pensées environnantes, elles-mêmes mirages… Nous ne créons pas seul·e·s, nos inventions sont collectives, nos œuvres aussi.

Nous œuvrons à la construction d’une phrase encore balbutiante qui fait le lien avec ce que nous pensons essentiel : dessiner à travers notre joie un monde nouveau.

Lorsque Picasso avoue, « si les petits artistes copient, les grands artistes volent » c’est qu’il a compris que peu finalement lui revient. Plus un artiste est reconnu, plus son larcin est grand. Tout n’est qu’un écho de ce brouhaha collectif, acquis par le verbe, la vue, la sérendipité ou la télépathie.

Si le vol et la propriété sont synonymes chez Marx, ils le sont aussi dans l’art.

La signature qui accapare l’œuvre est marque de l’individu, elle participe à la création de l’histoire dominante tournée vers les individus, le capital et le viriarcat. Elle est de même nature que l’accumulation primitive, tant et si bien que l’œuvre elle-même lorsque l’artiste a construit un pouvoir suffisant, est rendue finalement à la bourgeoisie, ajoutant à son capital financier du capital culturel. À ce titre les artistes se transforment en garants de la structure sociale[5].

L’intelligence, l’intuition sont des ressources collectives et c’est en les traitant comme telles que nous pourrons construire un rapport à la nature. Que l’on soit colibri, localiste ou révolutionnaire, nous sommes traversé·e·s par des paradoxes qui nous empêchent de créer, de voir apparaître ce monde nouveau, alors que l’actuel s’écroule. À quand cette fin du clair/obscur que Antonio Gramsci annonçait il y a déjà cent ans ?

La question n’est pas celle du temps, mais celle de la vie. Et de la vie, je ne connais que la joie qui contient cette force capable de résister à l’entropie grandissante.

La science établit des modèles de prédiction, la politique légifère sur les enjeux écologiques, les médias communiquent et sensibilisent.

Il est courant de voir des expositions dont l’accroche est une sensibilisation à l’écologie.

L’art est parfois confondu avec l’enjeu de cette dernière, comme une possibilité de faire prendre conscience de la catastrophe climatique à venir. Pour autant, ce n’est pas son rôle. Ce n’est pas son rôle non plus d’opérer une traduction entre le contenu scientifique et le public, comme un moyen de mieux communiquer avec l’émotion là où la raison échoue.

L’art construit simplement une esthétique.

C’est par ce biais que la liberté apparue contrainte plus haut semble renaître ici, comme la recherche d’une esthétique dont les rapports semblent être accordés aux préoccupations du commun. Cette recherche d’accord est l’expression de la liberté.

On peut facilement associer l’idée de construire une esthétique à « chercher du nouveau », à imaginer d’autres formes picturales d’une expression plastique, et en déplacer les limites.

Ici, nous définissons l’esthétique comme un ensemble de gestes et de comportements dont la source est co-construite entre l’individu et son corps social dans le but d’intégrer dans une image la substance de ce lien : l’éthique.

C’est-à-dire intégrer par leur sensibilité des éléments qui vont créer dans une image au sens large (photo, vidéo, performance, sculpture…) un équilibre, une tension, dont le sensible, l’émotion se lie avec une préoccupation.

Intégrer dans l’œuvre une résonance des perceptions éthiques des relations entre individus et environnement.

Elle diffère d’une conception plus classique en ce qu’elle sous-entend que les éléments qui composent une image sont toujours liés à une situation, à un moment économique, social et culturel. L’esthétique avant d’être une discipline plasticienne pure, c’est-à-dire une vibration de la sensibilité à l’intérieur de la matière, est d’abord la construction d’une vision.

Construire cette esthétique c’est construire une éthique de la perception.

Une éthique de la perception ne se réduit pas à la représentation par une image, d’une idée au sein d’une œuvre – représentation de la fragilité de la nature, représentation des rapports de violence sociale, de guerre – Mais c’est bien par la présence de comportements collectifs (anthropo-relationnel, ou éco-relationnel), que surgit un équilibre dans l’image-oeuvre comme un système harmonieux de valeur dont l’enjeu est émotionnel.

L’œuvre devient bien plus que la prise de vue finale (pour la photo ou la vidéo), elle est le travail sensible sur les liens humains et leur relation à la nature.

C’est par ce prisme qu’il est possible de faire naître une tension palpable entre l’effondrement actuel de notre société et la joie. Ils deviennent indissociables tant leur destin est lié.

Dans Tout autour, l’eau , l’immersion des corps est un angle de choix pour construire ce lien entre nous et la nature.

« Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend ». Ce slogan, scandé lors des manifestations sur le climat depuis au moins 2016, fait écho à cette idée, et traduit politiquement comment l’esthétique recompose nos identités : nous ne nous reconnaissons plus dans cet individu normé par le capital (consommateur·trice), nous nous reconnaissons seulement dans la nature.

De quoi est constituée factuellement cette esthétique ? Si elle ne trouve pas sa source dans la picturalité, et puisque la plupart des éléments qui la composent sont à peine perceptibles, comment lui attribuer un contenu ?

Parmi les nombreuses réponses et outils possibles, nous évoquerons une qui se nomme : l’appareil volant.

L’expression appareil volant est une expression apparue dans ma pratique bien avant l’utilisation d’un drone, elle ne faisait d’ailleurs aucune référence à cet objet.

L’objet appareil volant n’a pas uniquement pour fin de créer une image, il ne concerne pas la plasticité picturale produite, mais l’imprègne indirectement.

C’est une méthode pour faire émerger un travail sur les relations qu’occupent les auteur·e·s entre elles·eux et avec leur environnement.

En pratique, l’appareil volant ou les appareils volants regroupent lors d’une session photographique plusieurs appareils en mode automatique la plupart du temps, qui passent de main en main. Cela brouille la stabilité du rapport entre le photographe et le modèle. L’image ne se construit plus par un seul regard, ni par un seul genre. Tout le monde devient tour à tour modèle et photographe.

La nudité a historiquement eu dans ma pratique, vocation à immerger le corps dans la nature, à supprimer les marques culturelles et sociales qu’émet le corps habillé, à déclarer qu’un corps nu n’est pas seulement sexuel. Aussi déconstruit que l’auteur·e tente de l’être, le corps nu a tendance à produire un « male gaze », un regard masculin, qui objective et normalise le corps féminin[6].

L’appareil volant est en ce sens un outil qui croise collectivement nos regards, confiant à chaque individu un rôle égal et une considération égale. L’auteur·e devient ce qu’il y a de commun dans l’individu.[7]

Il reste que le collectif est toujours éphémère, émerge puis se dissout, dans une environnement où l’individu trône. Même résistant, il s’affranchit difficilement des modes d’organisation de la société.

C’est pour cela que le collectif n’est jamais un état de fait, même si plusieurs outils peuvent lui donner une matérialité (une association, un lieu, une pratique collective, ou tout simplement un nom), il est toujours un contre pouvoir contre des entités plus grandes, plus stables.

Au balbutiement de ma question si candide : La joie, est-elle en plus d’être risible seulement souhaitable ?

Aimée Fleury refusant l’interaction englobante avec la joie répond :  « Je n’ai rien à ajouter à la joie ». Cette phrase résonna longtemps dans ma mémoire.

« Elle est suspecte à minima, la joie est souvent celle des oppresseurs. »

Si je doute de sa réponse, je doute de la mienne également.

Est-ce que j’évoque en parlant de joie, un désir libidineux, une injonction à la jouissance dissimulée dans un propos écologique et social, construit par 5000 ans de viriarcat?

« La joie n’a pas besoin d’art, elle est complète, et se suffit à elle-même. » me répondait-elle

Bien plus qu’un manifeste, ce texte est un questionnement. Tenir d’un bout à l’autre de son corps et de son esprit des paradoxes qui ouvriront le moment venu de nouveaux paradigmes.

Bien plus qu’un manifeste, c’est une tentative de mettre en commun un bout de l’esquisse inachevée, parfois maladroite ou erronée de l’architecture de notre monde futur.

Remerciements précieux à toutes ces personnes qui ont pu faire que cette exposition et ce livre existent,

Elodie Antoine, Mona Barbagli, Tom Barbagli, Tristan Blumel, Evan Bourgeau, Katalina Cearca, Clémence, Flora Defaut, Diego Evrad, Aimée Fleury, Gabriela Guyez, Léonie Focqueu, Camille Franch-Guerra, Leah Friedman, Nina Kypraios, Sarah Laouini, Anne-Sophie Lecharme, Yoan Malet, Cédric Mounier, Pénélope Morterolle, Jean-pierre Soardi, Célia Vanhoutte, Eva Vautier, Anne-Laure Wuillai, Collectif Palam, la galerie Eva Vautier.

  1. Don’t look up : Déni cosmique, film de Adam McKay sorti en 2021 métaphorisant le déni climatique.
  2. Les limites planétaires sont les seuils que l’humanité ne devrait pas dépasser pour ne pas compromettre les conditions favorables dans lesquelles elle a pu se développer et pour pouvoir durablement vivre dans un écosystème sûr, c’est-à-dire en évitant les modifications brutales et difficilement prévisibles de l’environnement planétaire.fr.wikipedia.org/wi/Limites_plan%C3%A9taires
  3. Source Iopscience Predictability of twentieth century sea-level rise from past data.
  4. Photographie de couverture
  5. La transparence m’engage cependant à rappeler que je signe mes œuvres, les numérote, les valorise, les raréfie, les intègre à l’intérieur d’un mouvement culturel. En somme, je les prépare à leur acquisition par le capital, misant à la fois sur la révolution et l’institution. Et ceci via même ce texte. Difficile paradoxe.
  6. Ce fut chose difficile pour moi de dépasser voire simplement d’atténuer ces réflexes sociaux induits par la culture.
  7. Les sessions photographiques contiennent souvent plusieurs projets, de différent·e·s artistes, par une mise en collectivité de nos corps et nos outils, et après une redistribution à chacun·e de ce qui fait œuvre selon elles·eux. Technocratiquement Vôtre  créée par Aimée Fleury est issue de l’une de ces sessions collectives.

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Anthropocène, notre liberté

Article produit pour l'édition du livre Ecotopia à paraître. 

Aimée Fleury et Benoit Barbagli, 2019, 90 x 60 cm
Aimée Fleury et Benoit Barbagli, 2019, 90 x 60 cm

Une des visions populaires de l’artiste moderne est de l’assimiler à la recherche et l’expression de soi, comme geste, comme expression abstraite, comme performance... 

Ce présupposé induit une entité insécable. Un « je » qui exprimerait la vision du monde pure et simple de l’artiste. Son authenticité induirait le caractère unique et par conséquent nouveau et véritable de son œuvre. La qualité d’un artiste dépendrait de la vigueur et de la clarté qu’il serait apte à exprimer, à délimiter les contours intimes de son être authentique. Et ce, tout en restant indépendant des déterminations ou injonctions culturelles, laissant à l’anthropologie l’étude des relations individu-culture.

L’époque de l’art moderne me semble être le paroxysme de cette idée. D’un commun essor, avec la centralité grandissante de l’individu dans nos sociétés, la différence et l’unicité de l’artiste en sont les forces revendiquées, admirées. Ces qualités que le sociétal s’acharne à mettre en avant, se trouvent, dans une étrange simultanéité, assaillies de critiques. 

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Le jour où l’argent disparaîtra 

Texte pour l’exposition du Collectif Palam à la Caisse d’Epargne de Nice Massena

Le jour au l’argent disparaîtra, 2020 Palam

 

Prélude

Le jour où largent disparaîtra, cette phrase a émergé lors dune discussion collective, près dun refuge, au centre de la nature recouverte de neige, la nuit tombant, emmitouflés dans des couvertures, se réchauffant autour dun feu, 

Le lendemain, nous allions faire disparaitre largent.

Le lendemain, en nous enfonçant plus encore dans les hautes montagnes, nos pas atteignirent un lac gelé : sous la neige, la glace, sous la glace, leau.

Se positionnant à lavant-garde, explorant, assurant le terrain, nous interrogeant aussi bien métaphoriquement que littéralement, sur la question de la suppression du capital qui structure nos sociétés et nos rapports humains.

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Érotiser les luttes 

Amours à Athènes sous les stigmates de la lutte anti-capitaliste

Commentaire de la série photographique Philoxéinia
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Ces photos sont extraites d’une série faite au printemps 2017 au cœur d’Exarchia, à Athènes.

L’histoire commence près le square d’Exarchia, centre stratégique de la contestation du pouvoir par la gauche et l’ultra-gauche athènienne. Après un verre dans des bars environnant le square nous décidâmes d’aller marcher dans les hauteurs.

Le résultat impromptu et sur le vif, d’une rencontre amoureuse en trio, nous marchions de nuit dans le parc Lofos tref Park.

De mes amies intimes de quelques nuits, l’une est-allemande, la seconde est grecque, moi-même je suis français. Cela peut paraître sans aucune importante, mais le contexte qui s’incarne dans le décor m’engage le préciser.

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