L’eau comme chambre noire — ZOOM, ENSAD Dijon

En 1826, Niépce immerge une plaque dans un bain d’huile de lavande, et une silhouette apparaît : la première photographie surgit d’un bain. Deux siècles plus tard, je reviens à ce moment fondateur en y substituant l’eau — eau de mer, eau de source, eau-matière du vivant.

Une chambre où l’eau remplace les sels d’argent, où le bain photographique de Niépce devient milieu de vie, où le portrait quitte le visage pour devenir celui des éléments.

L’eau, dans ma pratique, n’est pas un décor : c’est un milieu, une chambre noire à ciel ouvert où les corps se révèlent comme l’image dans son bain. Photographiés à la verticale depuis un drone, les corps nus de mes proches flottent, plongent, s’enchaînent en constellations éphémères. La série Mythologie Subaquatique interroge le portrait collectif, là où l’individu s’efface dans la communauté du bain. Travaillant avec le collectif PALAM, je fais glisser la prise de vue de main en main : le portrait devient choral, l’auteur s’évanouit comme un nageur.

Ce que ces images cherchent, ce n’est pas une nature regardée à distance, c’est une nature dont nous sommes le tissu. « Nous ne défendons pas la nature, nous sommes la nature qui se défend. » Cette phrase, scandée dans les marches climatiques depuis 2016, traverse mon travail comme un slogan amoureux. La joie, ici, n’est pas une humeur : c’est un moyen de résistance.

Ces images circulent à travers deux dispositifs. D’abord les rideaux : Sisyphe collectif VI en cinq lés et Tentative Liquide en deux lés, imprimés sur voile transparent. Le visiteur traverse l’image comme on traverse l’eau. Le portrait n’est plus à regarder : il est à pénétrer. Ensuite la série Double Immersion, des tirages sur papier coton immergés dans un bain de sel de bore saturé. Le sel cristallise sur l’image, la mange, la grêle. La mer revient finir le tirage.

Au sol, une colonne de la série Les colonnes de l’anthropocène, en béton et résine biosourcée. Cariatide liquide, vague figée : elle ne saisit pas l’instant mais la coupe, une stratigraphie où l’eau se lit en couches, le temps empilé, l’érosion devenue matière. À ses côtés, Oceanide Tempête, en plâtre : un moulage pris au contact de l’élément, le négatif d’une vague.

L’eau comme chambre noire n’est pas une métaphore close : c’est une chambre qu’on partage, qu’on traverse, qu’on respire. Le portrait n’y est pas que celui des visages : c’est celui de l’eau elle-même.

Informations

ZOOM. Histoire(s) de la photographie — ENSAD, École nationale supérieure d’art et de design de Dijon, salle Bossu 1 — 3 rue Michelet, 21025 Dijon.
Vernissage mardi 30 juin 2026. Exposition du 30 juin au 20 septembre 2026.
Commissariat : Amel Nafti — dans le cadre du bicentenaire de la photographie (Niépce, 1826–2026).

Œuvres : séries Mythologie Subaquatique (rideaux Sisyphe collectif VI, Tentative Liquide), Double Immersion, Les colonnes de l’anthropocène, Oceanide Tempête.

Né en 1988 à Nice, Benoît Barbagli explore les frontières de la création — l’océan, la rivière et la montagne comme espaces performatifs. Il est représenté par la Galerie Eva Vautier, Nice.

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